Souk Chaouachine

L’Histoire : Des artisans issus de la haute bourgeoisie

Dans sa boutique toute de boiserie ouvragée, sous la lumière zénithale d’une verrière, le chaouachi apporte les dernières retouches à ses chéchias, mais que de pérégrinations a subi ce bonnet rouge avant de prendre sa forme définitive !

Une laine de choix importée d’Australie et d’Espagne, lavée, séchée, cardée et filée passe entre les mains des tricoteuses sous la forme d’écheveaux. Celles-ci la tricotent avec cinq aiguilles pour obtenir le kabous, un bonnet lâche, d’environ 30cm de diamètre et 40cm de profondeur. Les kabous sont envoyés à l’usine à foulon, à El Battan, dans la vallée de la Medjerda. Là, ils sont feutrés à l’eau chaude et au savon. Ils prennent la forme d’une calotte à la texture si serrée qu’on ne voit plus les mailles du tricot de départ. La calotte revient au souk à Tunis où elle est soumise à l’opération de cardage, elle en ressort souple et moelleuse. Elle passe ensuite à la teinture à Zaghouan puis revient au souk pour un nouveau cardage.

Enfin l’artisan coud sa griffe, à l’intérieur, par un dessin au fil noir. La chéchia est prête à continuer son voyage vers le client. Certes, elle n’alimente plus le marché extérieur aussi étendu que jadis mais elle continue néanmoins à s’exporter vers l’Algérie, la Libye, le Mali, le Niger en plus du marché touristique.

Les riches boutiques du souk des chéchias témoignent de l’opulence des chaouachi que l’on recrutait parmi la haute bourgeoisie de Tunis, souvent d’ailleurs d’origine andalouse.

La petite histoire : L’histoire de la vieille

L’histoire m’a été racontée par un vieux chaouachi à propos de la crise qui a frappé le secteur de plein fouet. « Lorsque les andalous, dit-il, se préparaient au grand départ, laissant tout derrière eux, ils ont pris soin de mettre dans leurs bagages les outils nécessaires leur permettant de perpétuer leur métier ancestral dans leur nouvelle terre d’accueil. Au moment de partir, une vieille dame arrête le convoi, retourne chez elle et revient avec un petit paquet contenant quelques graines de chardon spécial pour le cardage de la chéchia.

Installés à Tunis, les andalous prospectent les environs, à la recherche du sol et du micro-climat adéquats et le choix se porte sur El Alia, près de Bizerte, où est planté le chardon. Les plantations fleurissent et les chaouachi de Tunis accomplissent au mieux leur minutieux cardage et leur métier connait la prospérité.

Mais voilà que commencent les années maigres, ils se rappellent alors de l’histoire de la vieille et se lamentent en disant [Que Dieu maudisse la vieille !] car sans elle, ils auraient adopté un autre métier »
Mais ont-ils béni la vieille lorsque la chéchia « faisait tomber une pluie d’or dans les murs de Tunis » ?

Souk Chaouachine

L’Histoire : Des artisans issus de la haute bourgeoisie

Dans sa boutique toute de boiserie ouvragée, sous la lumière zénithale d’une verrière, le chaouachi apporte les dernières retouches à ses chéchias, mais que de pérégrinations a subi ce bonnet rouge avant de prendre sa forme définitive !

Une laine de choix importée d’Australie et d’Espagne, lavée, séchée, cardée et filée passe entre les mains des tricoteuses sous la forme d’écheveaux. Celles-ci la tricotent avec cinq aiguilles pour obtenir le kabous, un bonnet lâche, d’environ 30cm de diamètre et 40cm de profondeur. Les kabous sont envoyés à l’usine à foulon, à El Battan, dans la vallée de la Medjerda. Là, ils sont feutrés à l’eau chaude et au savon. Ils prennent la forme d’une calotte à la texture si serrée qu’on ne voit plus les mailles du tricot de départ. La calotte revient au souk à Tunis où elle est soumise à l’opération de cardage, elle en ressort souple et moelleuse. Elle passe ensuite à la teinture à Zaghouan puis revient au souk pour un nouveau cardage.

Enfin l’artisan coud sa griffe, à l’intérieur, par un dessin au fil noir. La chéchia est prête à continuer son voyage vers le client. Certes, elle n’alimente plus le marché extérieur aussi étendu que jadis mais elle continue néanmoins à s’exporter vers l’Algérie, la Libye, le Mali, le Niger en plus du marché touristique.

Les riches boutiques du souk des chéchias témoignent de l’opulence des chaouachi que l’on recrutait parmi la haute bourgeoisie de Tunis, souvent d’ailleurs d’origine andalouse.

La petite histoire : L’histoire de la vieille

L’histoire m’a été racontée par un vieux chaouachi à propos de la crise qui a frappé le secteur de plein fouet. « Lorsque les andalous, dit-il, se préparaient au grand départ, laissant tout derrière eux, ils ont pris soin de mettre dans leurs bagages les outils nécessaires leur permettant de perpétuer leur métier ancestral dans leur nouvelle terre d’accueil. Au moment de partir, une vieille dame arrête le convoi, retourne chez elle et revient avec un petit paquet contenant quelques graines de chardon spécial pour le cardage de la chéchia.

Installés à Tunis, les andalous prospectent les environs, à la recherche du sol et du micro-climat adéquats et le choix se porte sur El Alia, près de Bizerte, où est planté le chardon. Les plantations fleurissent et les chaouachi de Tunis accomplissent au mieux leur minutieux cardage et leur métier connait la prospérité.

Mais voilà que commencent les années maigres, ils se rappellent alors de l’histoire de la vieille et se lamentent en disant [Que Dieu maudisse la vieille !] car sans elle, ils auraient adopté un autre métier »
Mais ont-ils béni la vieille lorsque la chéchia « faisait tomber une pluie d’or dans les murs de Tunis » ?

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